Billet littéraire no 136
Johanne Fournier
L’adieu au bateau, Éditions Leméac, Montréal, 2025, 71 p.
Ce premier livre dont je veux parler pour finir l’année porte sur le deuil. C’est l’histoire d’un amour, de la mort d’un amour à travers la perte du compagnon. Je lis et je relis subjuguée par la justesse des mots et le style magnifique de l’auteure.
“Seule, je me berce dans le chagrin, je veux rester dedans et marcher avec lui. Je ne savais pas que le deuil pourrait aussi être quelque chose de physique que je transporte tout le long des heures et sous la lune, au creux du ventre”. p. 15
Johanne Fournier est une auteure mais aussi une réalisatrice de documentaires. Elle aime raconter des histoires en observant les gens et la nature. L’homme dont elle parle n’est pas son premier compagnon de vie ou le père de sa fille mais un homme avec qui elle avait eu une histoire d’amour dans sa jeunesse. Ils ont eu une famille, des enfants et puis lorsqu’ils étaient seuls à nouveau, se sont revus et l’amour est revenu aussi. Dans ce récit, elle raconte comment elle a vécu la perte de son amour sur plus d’une année.
Ce qui rend cette histoire spéciale, c’est la manière dont elle raconte tous les moments vécus avec lui. En particulier, elle aime s’asseoir au bâtiment qui abrite les voyageurs en attendant de prendre le traversier de Matane pour la Côte-Nord. Ce lieu, un symbole de départ et d’arrivée semble aider l’auteure dans le processus du deuil.
“ Je voyais chaque regard chargé d’une intention, rien n’était chargé d’une intention, rien n’était jamais neutre, quotidien, banal. Le mien sur moi aussi. Veuve comme une maladie, une punition, un mauvais sort. Une vieille veuve. Nue. Vidée”. p. 25
Chacun des douze très courts chapitres commence avec un poème. Ensuite, il y a la fin de l’année lorsqu’elle apprend à faire face à l’adieu. “Je dis sa mort, pas son départ. Il n’y aura pas d’adieu au bateau. Il ne partira pas. Sa mort fera partie de moi, installée à demeure”.
En résumé, c’est parce que Johanne Fournier écrit si bien, que son livre est très court mais démontre que survivre à la mort d’un être aimé, c’est tout simplement continuer sa propre vie.
J’ai lu aussi deux autres livres dans les dernières semaines, il y a celui de Geneviève Brouillette, “Traverser la tempête avec un sombrero”. C’est le premier roman d’une comédienne bien connue, à l’agenda bien rempli mais qui rêvait d’écrire. Elle a pris le temps qu’il fallait et a laissé tomber ses autres activités pour s’apercevoir que le plus important c’est de créer. Une belle lecture divertissante, avec des rebondissements, des explorations de soi, des autres et du territoire. Le roman a été publié chez Druide, à Montréal, en 2025.
L’autre est “Kolkhoze” de Emmanuel Carrère, l’histoire de ses ancêtres russes. Un excellent récit bien ficelé avec toute la recherche. Il a aussi écrit “Yoga” que j’ai adoré.
Bonne lecture et bonne fin d’année!