Billet littéraire no 137
Virginia Woolf
Instants de vie, Traduction de l’anglais par Colette-Marie Huet, Éditions Stock, Paris, 1977, 360 p.
Parfois, les retours en arrière nous aident à comprendre le présent et à nous préparer pour le futur. J’ai repris ce livre sur l’étagère où il avait dormi longtemps. Je me souviens de l’avoir beaucoup aimé et en l’ouvrant j’ai vu que j’y avais laissé des notes et marqué des pages. Cela n’est pas habituel pour moi. La première note disait sur un bout de papier, “Essentiel pour l’humain” à la page 115. Oui, cette page fait référence à des choses essentielles pour moi et pour bien des gens.
“À partir de cela, j’atteins à ce que j’appellerais une philosophie; … - je veux dire que tous les êtres humains - y sommes rattachés; que le monde entier est une œuvre d’art;... Nous sommes les mots; nous sommes la musique; nous sommes la chose en soi.” p. 114-115
Virginia pousse la réflexion plus loin sur son statut d’artiste et de femme. Virginia Woolf est une écrivaine connue et célèbre lorsqu’elle fait ses premières tentatives pour écrire ses mémoires. Elle commence à rédiger des souvenirs d’enfance, les mêlant à ceux de sa vie adulte. En 1939, à la suggestion de sa sœur Vanessa, une artiste peintre, elle se met sérieusement au travail, révisant et corrigeant ses textes. Elle a besoin de prendre une pause de l’important travail qu’on lui a confié, la biographie de Roger Fry, un peintre et critique du groupe Bloomsbury.
Ce travail sur ses souvenirs lui permet une diversion et une réflexion sur le travail des artistes. Plusieurs des textes ont été revus et corrigés par Woolf. Toutefois dans “INSTANTS DE VIE”, les textes rassemblés en six parties sont inédits. Elle nous donne accès à des moments de son enfance, de sa vie adulte mais surtout à ses réflexions sur son travail d’écrivaine. Je dirais que cet ouvrage n’a pas vieilli et il peut nous aider à comprendre le monde dans lequel nous vivons.
“Elle (une théorie) démontre que notre vie ne se limite pas à notre corps ni à ce que nous disons et faisons: on vit en permanence en se référant à certaines jauges ou théories à l’arrière-plan…” p. 115
Virginia analyse ses souvenirs à la lumière de ce qu’elle a vécu, mais aussi de ce que sa mère, son père, ses frères et sœurs ont vécu. Elle nous fait comprendre son intuition que nous sommes faits de toutes les mémoires ancestrales, des émotions et des expériences de nos parents, nos ancêtres et tous ceux avant nous. Peut-être que notre ADN, notre corps, tout notre être garde les traces de ce qui a été vécu avant nous, nous affectant tout au long de notre vie.
Ces concepts intéressent plusieurs chercheurs et scientifiques contemporains. Le fait de constater qu’une écrivaine née en 1882 et morte en 1941, se soit posée ces questions et les ait exprimées avec une sensibilité et une intuition hors du commun soulève mon intérêt. De plus, elle a analysé, revu, réécrit ce qu’elle ressentait et observait avec une acuité et des habiletés descriptives incomparables. Ces textes inédits ne sont pas des brouillons ou des ébauches. Elle les a révisés avec la rigueur et l’expérience acquise durant des années de travail acharné. Ces textes contribuent à faire comprendre l’écrivaine et son époque. Voilà sans doute pourquoi les éditeurs et les chercheurs ont entrepris de publier ces textes. Encore aujourd’hui, son œuvre suscite l’admiration et mérite d’être lue et relue. En effet, relire ces “INSTANTS DE VIE” m’aide à comprendre ce qui se passe dans notre société, en ce moment.
Bonne lecture!